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Le temps était clair et dégagé, Lily avançait à grandes enjambées vers son lycée. Elle fronça le nez avec une mimique dégoûtée. Le monde ou elle vivait le plus souvent la répugnait, les hommes étaient faibles, l'air puait la pollution et surtout elle se sentait vulnérable sans sa magie. Elle faillit se faire écraser par une voiture qui avait grillé un feu rouge et ne dut qu'à ses prodigieux réflexes de se retrouver saine et sauve sur un trottoir. Si seulement elle avait pu projeter sa voiture contre un mur rien qu'avec ses pouvoirs. Elle renifla avec dédain et pensa à son statut qu'elle occupait de plus en plus rarement. Une princesse qui n'avait personne a craindre. Comme cela lui manquait. Elle vit enfin la silhouette sinistre de son lycée. Comment avait - elle atterrit dans ce monde ? Par un malheureux ordre de son père. Elle rentra dans la cour et en lisant un cours singulièrement ennuyeux percuta une élève. celle-ci se précipita pour l'aider à ramasser. Lily l'observa, la fille avait son âge elle en était persuadée, elle était plus grande qu'elle et avait un visage sympathique. Lily lui posa la main sur l'épaule et l'arrêta
- ce n'est pas grave laisse
- non c'est ma faute !
Lily prit les cahiers qu'elle lui tendait et les plaça dans son sac. La jeune fille regarda sa montre et lui dit
- je vais être en retard
- comment tu t'appelles ?? Demanda Lily alors que celle-ci commençait déjà à partir
- Tina!! Lui répondit-elle en partant encore plus vite.
Lily se retrouva seule dans le couloir. Pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde elle trouvait quelqu'un agréable. Bientôt une foule d'élèves s'engouffra dans le couloir, la projetant contre les murs, la pressant, elle se sentit suffoquer. Personne n'aurait osé la bousculer à Tradîslor mais ici, personne ne connaissait sa véritable identité. Elle en avait marre, marre de passer pour une inconnue et de devoir se contrôler. Elle posa son sac et donna un grand coup de poing dans l'épaule d'un garçon qui lui marcha avec force sur le pied droit. Il la regarda avec colère mais fut entraîné dans la marée humaine guidée par la sonnerie des cours. Elle alla en classe et s'installa au fond de la salle. Au bout d'une dizaine de minutes le proviseur entra dans la salle et tous les élèves se levèrent. Sauf Lily, qui ne comprenait pas cette coutume, une princesse ne se levait pas. Elle consentit pourtant à se lever au regard chargé de colère de sa professeur de français. Une élève suivit le proviseur et Lily reconnut Tina. celle-ci lui adressa un franc sourire et le proviseur la présenta à la classe comme une nouvelle élève. Quand le proviseur se retira Tina vint s'asseoir à une place à coté de Lily
- re bonjour ! Lui dit celle-ci.
Un toussotement sec de sa professeur la remit à l'ordre. Et elle détestait ça...
Une amitié naquit rapidement entre les deux adolescentes de 15 ans, l'une était forte, noire et semblait toujours réfléchir sur ce qu'elle voyait et l'autre était exubérante joyeuse, et blanche. Elles se complétaient bien. Tina avait une curiosité enfantine de tout ce qui l'entourait, comme si elle découvrait des choses pourtant banales et Lily eut l'idée absurde pendant un instant qu'elle venait aussi d'un autre lieu, un autre monde qui aurait justifié sa soif d'apprendre. Mais elle reprit vite contenance. Une semaine passa et elles étaient devenues de grandes amies, Tina avait vite pris l'habitude des silences songeurs et froids de Lily et celle-ci s'était habituée aux fous rires de l'autre. Les professeurs pensaient déjà que Lily aurait une mauvaise influence sur Tina mais rien ne pouvait séparer les deux jeunes filles. Un soir Lily devait rentrer dans son monde pour prendre des nouvelles de son père qui ne parvenait plus à la contacter mentalement. Elle sortit de son lycée et marcha jusqu'à une ruelle qu'elle trouva déserte. Jetant un regard machinal autour d'elle, elle reporta son attention sur le mur de brique. Elle n'avait pas vu Tina, qui, intriguée par l'étrange comportement de son amie, l'avais suivie. Lily écarta le col de sa chemise noire et sortit un médaillon qui pendait autour de son cou. Le médaillon qui se transmettait de descendant en descendant chez la famille royale de Tradislor et qui en plus permettait le passage de son monde vers un autre. Elle le brandit devant elle et ferma les yeux en murmurant des paroles inaudibles. Le sol se mit à trembler légèrement et le mur de brique s'éventra, un trou lumineux apparu. Tina choisit ce moment pour aller vers Lily, elle bondit sur ses pieds, se releva de sa cachette et agrippa la manche de son amie à l'instant même ou celle-ci disparaissait dans le passage. Un tourbillon les entraîna aussitôt et Tina reconnut la sensation qu'elle éprouvait en regagnant son propre monde, Rhadajik. Elle en fut profondément surprise. Lily se débrouilla pour planter ses yeux noirs sur le visage de Tina et quand le déplacement s'ouvrit et qu'elles chutèrent pour atterrir sur un sol dur, elle se releva d'un bond pour la regarder
- pourquoi tu es venue !
- attends Lily ne te fâches pas ! Je viens aussi d'un autre monde, Rhadajik, je ne t'ai pas suivie pour t'espionner !
Lily la regarda et prit conscience qu'elle avait enfin retrouvé son pouvoir. Elle siffla longuement et il n'y eut plus aucun bruit à part ce sifflement perçant, inhumain qui raisonna partout autours d'elles. Tina contempla le paysage alentour, une forêt s'étendait à perte de vue, elle avait atterrit dans une clairière illuminée. Devant elles, se dressait un genre de portail, pour le passage entre les mondes, un arc délicatement construit. Le temps était orageux, mais elle ne comprenait pas la sensation de malaise qu'elle éprouvait en regardant le ciel. Lily rompit enfin le silence en déclarant d'une voix posée même si elle semblait fulminer à l'intérieur
- te voici, Tina,sur un autre monde, une autre terre appelée Tradislor, peuplée de créatures merveilleuses mais aussi d'animaux que tu n'oserais même pas imaginer dans tes pires cauchemars. Je m'appelle de mon vrai nom Larâ, et je suis la fille du roi qui gouverne la moitié de ce monde. Je suis donc la princesse, et par un pur hasard tu as atterris sur cette terre de dangers, ce monde est dirigé par la magie et j'en suis une excellente représentante. Présente toi .
- mon vrai nom est Elysis, je suis la fille des deux monarques qui dirige mon monde qui s'appelle Rhadajik, mon monde est de petite taille mais regorge de lieux extraordinaires. Il entretient une étroite et secrète correspondance avec le monde actuel ou nous faisons nos études. Il règne aussi une sorte de magie mais qui est tirée de la nature, nous sommes tous les enfants de la nature là bas. Je suis également une digne représentante.
- montre moi ton pouvoir
Tina regarda autour d'elle et trouva ce qu'elle cherchait. Un arbre immense, au tronc noueux se dressait devant elle. Elle s'agenouilla au sol et leva les bras. Le silence s'abattit et on entendit bientôt un étrange bourdonnement qui venait du sol. Des lianes puissantes jaillirent de la terre meuble et s'enroulèrent autour de l'arbre, entourant ses branches, son tronc, l'habillant de lianes petite et grosses, avec de merveilleuses fleurs rouges et bleue nuit, l'arbre fut bientôt méconnaissable et semblait irréel. Elle se releva et fit un signe de tête dans la direction de Lily. celle-ci lui répondit
- mon pouvoir est différent du tien, nous utilisons une puissante magie mais des temps obscurs se sont abattus sur ce monde, libérant une magie noire profondément destructrice, ce n'est pas un hasard si je me suis retrouvée dans notre monde commun, mon père m'y a placé pour ma sécurité. Mon don me permet de tuer un ennemi si je le souhaite et aussi, à part maîtriser les éléments, de pouvoir parler avec les animaux. D'ailleurs j'entends ma jument et mon étalon qui arrivent.
Tina, ou plutôt Elysis, n'entendait rien, elle se baissa et posa son oreille contre une roche. Un martèlement sortait du sol, comme un bruit de galop qui se rapprochait. Deux magnifiques montures apparurent à cette instant dans la clairière. Larâ flatta l'encolure de son étalon.
- tu vois ici deux des plus beaux chevaux de Tradislor, des cadeaux qu'un riche ami à mon père m'a offert pour mon treizième aniversaire. Monte sur l'étalon, il n'y a pas plus gentil, à part dans les combats.
Elysis enfourcha souplement la monture musclée. Dans son monde, elle montait aussi beaucoup à cheval. Larâ se mit aisément sur le dos de sa jument et malgré l'absence de selle, retrouva instantanément son assiette de cavalière. Elle ferma les yeux. Quelques secondes après un sabre prit position autour de sa taille et un arc se plaça dans le dos d'Elysis qui ne parut que peu surprise.
- au cas ou... nous allons chevaucher deux jours, ici le temps est complètement décalé avec celui de l'autre monde, une journée correspond à une heure là bas et comme nous sommes en week end, nous avons tout notre temps, la route sera peut être difficile et en cas d'attaque je compte sur ton soutien pour repousser l'ennemi, nous nous rendons à Rastor, la capitale ou siège mon père.
Elysis acquiesça et pour toute réponse talonna sa monture pour se placer à droite de Larâ.
Celle-ci s'élança au galop suivie de prés par son amie. Le paysage de la forêt se retira au bout d'une heure à sauter par-dessus des obstacles, à contourner des ruisseaux, pour laisser la place à un désert. Oui un désert, sans végétation sans vie. Larâ observa la surprise sur le visage d' Elysis
- le désert de Cariss , plus dangereux la nuit que le jour, il va falloir se méfier des sables mouvants, du soleil, des charognards , des pillards nomades et bien sur de toutes les créatures qui y vivent et qu'on ne voit pas forcément.
La jument s'élança dans un trot souple, et bientôt les deux jeunes fille se retrouvèrent dans le sable brûlant, à observer les alentours avec une angoisse présente. Bientôt la chaleur obligea les cavalières à mettre leurs montures au pas pour les ménager. Au bout de trois heures de chevauchée, alors que les chevaux commençaient à montrer des signes de fatigues, Larâ montra une petite et maigre oasis au loin. Elysis caressa l'encolure de l'étalon alezan et demanda à son amie
- ce n'est pas un mirage ?
- étonnamment que cela puisse paraître dans un monde gouverné par la magie, il n'y a pas de mirage ni autre manifestation tirée de l'esprit humain.
- n'y a-t-il pas un autre chemin pour éviter ce désert qui me semble dangereux ?
- si, nous aurions pu passer par le fleuve Tî mais cela aurait rallongé notre trajet de plusieurs jours sans compter que par ce temps sombre qui règne, je préfère me confronter aux animaux dont-il faut se méfier, plutôt qu'aux hommes que nous pourrions rencontrer.
Elles arrivèrent à la petite oasis, trois arbres fatigués une marre d'eau croupie et une herbe jaune. Elysis se plaça devant Larâ
- je peux ?
- oui
Elle posa la main sur un petit arbre et se concentra. Pendant un moment rien ne se passa puis les feuilles devinrent vertes, d'autres poussèrent et le tronc parut moins sec. L'arbre débordait de vie, et Elysis répéta son manège avec les deux autres arbres, le sol et l'eau qui redevint limpide. Larâ eut une moue appréciatrice et laissa les chevaux se désaltérer. Elle tendit une corde à son amie et lui dit
- attaches les chevaux, la nuit ne va pas tarder et je n'ai pas envie que l'idée leur prenne d'aller se promener pendant notre sommeil ,pas ici. Je vais poster des sorts d'alarmes je reviens.
Son sabre à la main et partit sur une cinquantaine de mettre, gardant un ½il sur l'oasis. Un sifflement retentit à ses pieds. Un serpent noir. Une morsure de cet animal était mortelle et sans espoir de guérison même rapide, elle tendit la main au dessus de l'animal qui se redressait déjà pour mordre et il s'écroula immédiatement au sol, mort avant d'avoir pu refermer sa gueule. Elle fit apparaître du néant 3 flèches qu'elle planta à des points méthodiques autour de leur refuge temporaire pour l'avertir si un intrus venait leur rendre visite.
À son retour elle vit Elysis plongée à demi dans la marre claire. Elle leva les yeux vers Larâ qui revenait et lui dit pour répondre à sa question muette
- il se trouve que ces arbres donnent d'excellentes baies, j'ai les même dans mon monde, et je préfère les laver avant que nous les mangions.
Après un repas maigre mais bien sucré les deux filles s'allongèrent sur le sol et non sans avoir jeté un dernier coup d'½il aux chevaux attachés, s'endormirent rapidement. Larâ se relevait toutes les trois heures pour surveiller les alentours. Malgré le danger qui ne cessait de les entourer, elle se sentait enfin chez elle.