Les deux filles se posèrent doucement sur les divans de velours. Le roi déposa son parchemin sur un splendide bureau et ferma les yeux.
Un serviteur apparu essoufflé prés de la porte
- pouvez vous avertir le maire de Jeîtorh que je ne pourrais pas le rencontrer ce soir en raison de la venue de ma fille ?
- oui monsieur, puis je faire quelque chose d'autre monsieur ? Une collation monsieur ??
Le roi le chassa d'un geste de la main et plongea son regard sur le visage crispé de sa fille. celle-ci respira longuement et commença son discours
- je vous présente Elysis père, c'est la fille du roi et de la reine qui gouvernent d'une main juste et ferme le monde Rhadajîk, c'est un autre monde dont j'ignorais l'existence jusqu'à ma rencontre avec Elysis. Elle et son peuple possèdent un pouvoir très utile qui nous à tiré d'un mauvais pas dans le désert Cariss, en effet, ils peuvent commander la nature et ses forces.
- tu as les yeux de ton père Elysis
Un silence pesant et surpris s'installa sur les deux filles. Larâ ouvrit de grands yeux écarquillés et Elysis déclara d'une voix douce
- Comment savez-vous cela ?
- il se trouve que je connais très bien ce monde dont tu parles, Rhadajik est un lieu cent fois plus paisible que mon royaume tes parents ont bien de la chance. J'ai connu ton père jeune, quand nous avons fait des études dans la prestigieuse académie qui se trouve à votre capitale, nous sommes devenus de très bons amis. Avant de perdre le contact en raison de cette sinistre période, j'ai eu le bonheur de connaître ta mère et de te voir encore nourrisson. J'ai eu longuement l'occasion d'assister à leur don fabuleux qui chez tes parents était très puissant, je ne doute pas un instant que tu possèdes aussi de nombreuses facultés Elysis. Je suis heureux de te revoir à cet âge, tu tiens beaucoup de tes parents.
Larâ n'en revenait toujours pas, elle toussota gênée, et observa la surprise peinte sur le visage de son amie. Son père, manifestement content de son effet, se remémora les souvenirs de ses parents. Deux personnes douées d'une grande bonté, son père était toujours le premier pour faire des blagues aux professeurs, sa mère quand a elle était une femme calme et paisible, mais il savait très bien qu'elle était redoutable sous ses apparences de porcelaine. Sa fille devait être pareil.
- Elysis va rester quelques jours ici, deux ou trois, et nous aviserons ensuite.
- je n'y vois pas d'inconvénients, mais Larâ, dit - il en la voyant se lever, tu sais les ... petits problèmes qui sévissent actuellement ici, je ne veux pas que vous couriez le moindre risque, je te connais ,poursuivit-il en la voyant lever les yeux au ciel , Méfies toi Elysis, Larâ n'a pas la même notion du danger que les gens normaux et oui, elle a toujours été comme ça, finit-il en faisant un clin d'½il.
Il ne rigolait qu'à moitié. Les deux filles se retirèrent. Elles passèrent des habits de soirée et se rendirent dans la salle de repas. Une pièce toute en pierre, ornée d'une grande table centrale ou 20 convives pouvaient s'asseoir sans se sentir serrées. À leur arrivée, le roi, certains proches et peu de nobles étaient déjà assis et tous Levèrent les yeux sur elles. Nullement gênée, Lara vint s'asseoir à la droite de son père, chassa une personne qu'elle n'appréciait pas à coté d'elle et libéra la place pour son amie. Personne ne sembla surpris. Le repas commença, des mets extraordinairement savoureux se succédèrent, il était beaucoup question de viandes inconnues pour Elysis et de fruits. Les discussions furent animées et on ne doutait pas un instant que les deux adolescentes en étaient le principal sujet. Elysis d'abord timide, retrouva ses habitudes de princesses et se révéla être une convive particulièrement agréable. Elle régala tout le monde de récits sur sa terre dans les moindres détails et Larâ remarqua que son père l'écoutait avidement, comme s'il voulait rattraper le retard. Elle en fut enchantée. Quand minuit approcha et que le dessert fut terminé, les invités se levèrent régulièrement pour aller dormir en saluant le roi et les deux filles. Larâ pria Elysis de l'attendre dans sa chambre et profita de l'absence des personnes ayant l'habitude de tourner autour d'elle pour discuter avec son père. Il n'était plus question qu'elle retourne dans l'autre monde, sa place était ici. Si étonnant que cela puisse paraître, Lortiis ne se rebiffa pas contre ses arguments décrétant qu'elle était assez grande pour décider. Larâ prit congé de son père et regagna sa chambre, s'attardant devant la galerie des portraits. Le portrait de sa mère décédée, avait été retiré. Elle sentit un grand désarroi l'envahir. Quand elle rentra dans la chambre fraîche qu'elle occupait avec Elysis, elle trouva celle-ci, allongée encore toute habillée sur son propre lit, plongée dans un profond sommeil. Elle sourit et la recouvra de l'épaisse couverture. Larâ prit donc la place de son amie dans le petit lit et même si une discussion s'imposait, elle attendrait demain.
Une journée pluvieuse se leva le lendemain sur le royaume de Lortiis. Une pluie qui n'était pas entièrement naturelle. Elysis s'en rendit compte en se levant et passa une heure à la fenêtre pour observer le ciel et deviner ce qui le tourmentait à ce point. Quand Larâ se réveilla, baillant à se décrocher la mâchoire, elle trouva la jeune fille perdue en contemplation sur le paysage. Ce fut comme un deuil à ses yeux. Elle ne dit rien, trop consciente de l'émoi qu'elle devait ressentir. Elle préféra s'habiller rapidement, enfilant des vêtements en cuirs et elle lui proposa une visite guidée du château. Heureuse de se changer les idées, elles se lancèrent en une exploration enthousiaste. Larâ lui montra la vraie sale de banquet, immense et grandiose par la prestance qu'elle renvoyait, la salle de bal, endormie depuis une bonne année, les cuisines déjà en activité à cette heure matinale, et elles arrivèrent à la salle des portraits. Tous les rois et reines qui s'étaient succédé le trône de Fratiâ, le royaume gouverné par Lortiis, étaient peints sur des tableaux et accrochés au mur. Le père de Lara se trouvait a la deuxième place la plus basse et le tableau qui accrochait le plus l'½il était sans conteste celui de Lara. Une des rares filles accrochée à ce mur de gloire, elle était de loin, la plus jeune. Une marque révélant la présence d'un tableau retiré se situait à coté de celui de Lortiis. Elysis devina que c'était celui de sa mère. Suivant son regard Larâ lui dit :
- il y a avait le tableau de ma mère avant. Mon père à du l'enlever pendant mon absence. Elle était incroyable. Malheureusement elle est morte quand j'avais 8 ans suite à une attaque surprise lors d'une de ses habituelles promenades. Les temps étaient surs à l'époque mais visiblement quelques uns voulaient sa mort. Mon père à été anéantit le jour de sa disparition. Il a fait fouillé dans tout le royaume mais personne n'a retrouvé ses agresseurs. Elle me manque beaucoup.
- je suis désolée...
- ce n'est rien, c'est juste que ... enfin, si je trouvais ceux qui l'avait tué, je les massacrerai de mes mains, je les ferais souffrir. Mais personne n'a de pistes. Et visiblement, mon père est passé à autre chose.
Elles poursuivirent la visite et Lara lui montra la salle d'arme. Son regard brillait et elle attrapa un sabre posé sur une chaise. Elle le toucha délicatement, caressant le tranchant de sa lame. - c'est ici, que j'ai tenu mon premier sabre, que j'ai appris l'art de manier l'épée et que j'ai domestiqué un arc. Avant que je parte pour l'autre monde je m'entraînais tous les jours avec Vlad, c'est un très bon coach !
Elysis observa les lieux avec attention, elle aussi aimait bien combattre chez elle.
- un combat à l'épée ça te dit ?
Elle attrapa une épée et se positionna en garde devant Larâ. Un sourire carnassier éclaira la bouche de celle-ci. Le combat débuta avec vitesse. Les coups s'enchaînèrent comme une danse. Larâ, habituée des combats se sentait dans son élément, elle agissait avec une précision redoutable, pointant, feintant toujours plus vite. Son épée semblait animée d'une vie propre et Larâ se contentait de la faire vivre. Elle bondissait en avant, évitait une attaque trop lente de son amie et repartait de plus belle. Elysis avait plus de mal et Lara fut légèrement déçue, elle s'attendait à un combat plus dur à remporter. L'épée gênait la jeune fille dans ses mouvements, et elle finit par la laisser tomber au sol, adoptant la posture d'un duel à main nue. Ravie de ce changement de situation, Larâ posa aussi son épée et se plaça en position.
Le duel commença à son tour. Si Larâ avait trouvé qu'Elysis manquait singulièrement de légèreté en maniant l'épée, la lutte changea radicalement de meneur. Elysis virevoltait, brandissant ses poings, ses pieds en hauteur et en vitesse. Les attaques trop en force de Larâ furent bientôt sans effets sur la jeune fille qui combattait avec une aisance et une rapidité déconcertante. Elle n'attaquait pas, elle glissait sur le sol comme une ombre dangereuse. Tout son corps se pliait dans des positions très difficile à adopter, lui permettant ainsi un plus grand espace pour ses attaques, et Lara commençait vraiment à se sentir dominée. Au bout d'un moment, elle commença à fatiguer sérieusement et Elysis en profita pour s'agenouiller souplement au sol et fouetta l'air au ras du sol avec sa jambe, faisant ainsi tomber son adversaire. Larâ accepta la main d'Elysis de bonne grâce pour se relever et lui dit en souriant largement
- et bien ! J' aurai du me méfier ! Tu es une pro au combat à main nue !
- ma mère m'a entraîné depuis que j'ai 6 ans
- viens on va voir la ville ?
- pourquoi pas
Elles sortirent du château, pour se retrouver sous la pluie. Heureusement elle n'était pas trop forte, et elles purent donc admirer le charme pittoresque de la petite ville fortifiée. De nombreuses personnes saluaient Larâ mais ce qui surprenait Elysis fut la crainte que semblaient vivre les gens de manière permanente. Un étranger suscitait des regards apeurés et les gens prenaient le plus souvent refuge dans leur maison. Larâ le voyait bien mais essayait de ne pas y prêter attention. Elle s'installèrent dans une auberge lugubre et Larâ revint du comptoir avec deux verres remplis d'un liquide noir et chaud. Elle en bu immédiatement la moitié. Son amie hésita longuement en faisant une grimace qui n'engageait à rien.
- c'est très bon !!
Encore un peu sceptique, celle-ci l'emmena à ses lèvres et en bu une petite gorgée
-c'est quoi ?
- du sang de lycan, répondit Larâ sans prêter attention à la mine écoeurée d'Elysis.
Elle réprima un haut le c½ur en mettant la main devant sa bouche.
- les lycans sont des sortes de loups garous mais qui ne se transforment pas en hommes. Ce sont des loups mutés par la fautes des humains qui ont employé une magie si noire, qu'ils sont devenus des tueurs. Ceux qui comptaient les utiliser voulaient s'en servir pour nous les envoyer, un genre d'armée, mais ils n'ont pas pu les contrôler et les lycans se sont enfuis dans la nature. Les gens ne se risquent maintenant que très rarement à voyager, redoutant de tomber sur un loup muté
- c'est horrible
- oui surtout qu'il faut se mettre à 5 pour les tuer car ils sont extrêmement puissants !
Larâ jeta deux pièces sur le comptoir crasseux et elles sortirent de l'auberge. La pluie avait redoublé d'ardeur si bien qu'elles ne voyaient pas à 5 mètres devant elles. Les deux amies coururent vers le château pour se mettre à l'abri mais Larâ trébucha dans une flaque boueuse et s'étala de tout son long, se déchirant le pantalon à la hauteur des genoux qui se mettaient à saigner. Elle essuya son visage boueux et cria de rage
- ASSEZ !!!
La pluie diminua subitement, et finit par s'arrêter complètement,la terre gronda quelques secondes et les nuages s'espacèrent pour laisser filtrer quelques timides rayons de soleil. Elle fulminait toujours en montant les marches du grand escalier
- ça t'arrive souvent ?
- non d'ordinaire je n'abuse pas de mon don mais il m'arrive de ne pas me contrôler quand je m'énerve trop... inutile de le nier, je possède un pouvoir vraiment puissant, et je n'arrive pas toujours à le maîtriser. Ne va pas t'imaginer que tous les habitants du royaume sont de bons utilisateurs de magie. Certains arrivent tout juste à faire une soupe au goût d'oignon sans oignon. Très peu pourraient faire ce que je viens de réaliser sous l'effet de la rage.
Elysis approuva silencieusement, c'était pareil dans son monde.




