13
Le lendemain matin, ils déjeunèrent rapidement, surveillant chaque plat et son contenu et allèrent voir leurs chevaux. Ils n'avaient subis aucun dommage mais avaient été placés à l'écart des autres. Quierzy hennit doucement à l'approche de Larâ qui lui flatta l'encolure. Opra caressa le museau soyeux de son jeune entier et L'étalon noir piaffa devant Nalio. Les autres s'éloignèrent un peu, préférant observer la complicité de l'échange entre les deux êtres. Le soleil faisait briller ses rayons et la cour était baignée d'une agréable lumière. Même l'hiver ne parvenait pas à refroidir la vue. Les serviteurs s'écartaient du chemin de Larâ qui ne leur prêtait aucune attention. Dommage, car elle aurait lu l'espoir dans leurs yeux. Le temps passa à une vitesse incroyable et bientôt un homme que la jeune fille ne connaissait pas vint à leur rencontre dans l'écurie.
- bonjour, je suis Vitkôr, le conseiller de madame la future reine de Tradislor, elle m'a prié de vous accompagner à l'extérieur du château.
- et nos affaires ?? Demanda Larâ avec agressivité.
- elles vous attendent aux portes.
Ils se mirent à cheval, et sous le regard hypocrite du conseiller, sortirent du château. Larâ doutait de revoir un jour son père. Ils traversèrent la ville déserte, le bruis des sabots percutant les dalles les accompagnèrent et deux serviteurs leur tendit des sacs légers aux portes de la ville. Ils s'élancèrent au galop, pressés de quitter cet abominable endroit. Elysis songea qu'ils étaient devenus une troupe de cavaliers solitaires, sans règles ni limites, mais ils n'en restaient pas moins une troupe. Le voyage durerait approximativement 5 jours s'il n'y avait pas de problèmes avait dit Larâ, mais l'absence de Lukâs qui avait décidé de rester au château, leur faisait ressentir un goût d'insécurité. Un ancien garde connaissant tous les lieux et coutumes aurait été bien utile. La nuit tomba, dans une routine insupportable ils montèrent le camp et mangèrent de légères victuailles que Nalio avait volé aux cuisines. Les chevaux avaient pris leur rythme et se serrèrent les uns contre les autres pour dormir. Leurs humains avaient plus de mal à fermer l'½il. Larâ avait même la désagréable sensation d'être suivie, mais pour ne pas inquiéter ses amis avec ce qu'elle croyait être une de ses affabulations, elle garda le silence. La jeune fille s'endormit après les autres, serrant dans sa mains un médaillon que son père lui avait donné, et qui lui permettait aussi de voyager entre les mondes, quand elle avait seulement 8 ans à la mort de sa mère en lui disant ces mots
- si un jour tu as besoin de moi, le médaillon saura me trouver, garde le, il est très précieux.
Ce jour était arrivé, mais le médaillon restait silencieux.
Une matinée brumeuse se leva sur le campement. De la gelée humide avait mouillé toutes leurs affaires. Larâ ronchonna longtemps jusqu'à ce qu'Opra à bout de nerfs les rangea précipitamment dans un sac en signifiant clairement que ce n'était pas la peine d'en faire temps. Nalio avait mal dormi et ne dit bonjour à personne, trop occupé à brosser son étalon. Elysis s'était isolée avec la nature et ne répondait à aucun appel des autres. Illusion était au milieu de ce bazar et éteignait le feu en rangeant ce qu'il restait de leurs affaires. Ils repartirent dans un silence tendu. Larâ continuait de se retourner fréquemment avec cette sensation de pistage. Le paysage devenait humide, des mares se firent plus fréquente et au bout d'un moment, un véritable marais prit naissance sous leurs pieds avant qu'ils ne songent à faire demi tour. Un brouillard épais les entourait, le sol était boueux, les herbes hautes, enlevant toute visibilité. Les chevaux humaient l'air et trébuchaient dans l'eau ou ils s'enfonçaient jusqu'aux genoux. Choisissant un chemin sur une terre, au milieu des touffes d'herbes les cavaliers commençaient à perdre leurs repaires. Un sifflement retentit dans l'eau. Avant que tout le monde puisse voir d'où il provenait, une flèche jaillit, visée par Elysis et le serpent coula. Ils s'arrêtèrent, ne voyant plus rien devant eux. Résignés, ils battirent le camp moins de deux heures après l'avoir plié. L'air était humide, et l'odeur désagréable sans qu'on puisse deviner pourquoi. Il n'était pas question de trouver à manger ici, et ils se contentèrent de manger les restes de leur repas. Ils allumèrent trois feux pour éclairer les alentours mais ne voyais qu'à 5 mètres. Ils finirent par s'endormir à même le sol, au bord de l'eau sombre. Larâ se réveilla en sursaut. Elle avait rêvé qu'Opra l'appelait à l'aide. La jeune fille regarda autour d'elle, comptant ses amis. Opra n'était plus la. Elle voulut réveiller les autres mais des silhouettes au loin attirèrent son attention. Si c'était les kidnappeurs de son amie, elle aurait tôt fait de les rattraper seule, elle serait plus discrète. Sans faire de bruits, elle attrapa une épée, et les suivit. Le bruit, même discret, des kidnappeurs, la laissait les suivre facilement. Elle évitait l'eau qui clapotait, et préférait marcher sur les touffes d'herbes. Elle se rapprocha rapidement d'eux et les distinguait nettement. Ils avaient pris Opra. ,Larâ ne doutait pas un instant qu'ils l'avaient confondu et que leur véritable mission était de la prendre à elle. La jeune fille se tassa au sol car ils s'étaient arrêtés. Opra était bâillonnée et avait les mains attachées. 4 hommes l'entouraient et jetaient des regards furtifs autour d'eux. Larâ s'avança un peu plus vers eux. Un homme du prendre conscience de sa présence car il leva brusquement la tête. Sans savoir comment cela lui arriva, Larâ se retrouva paralysée, impossible de bouger pendant que les 4 hommes venaient vers elle avec Opra.
- qui c'est celle la ! Une amie à toi ? Demanda un homme grand et délié, dont le visage était caché par une cagoule.
Opra hocha la tête en signe de négation.
- tu es sure ??
Elle hocha la tête, affirmativement cette fois. Un homme s'approcha de Larâ, elle sentit une corde se lasser autour de ses poignets.
- tu nous suis petite peste ? Tu veux qu'on te tue ?
Larâ tenta d'utiliser sa magie mais elle ne pouvait toujours pas.
Visiblement content du silence de la jeune fille, l'homme qui lui parlait leva la main et la frappa, une fois, deux fois, trois fois. Larâ voulut crier mais son corps continua de s'écrouler au sol sans réactions. C'était lâche, injuste, et cruel. Une autre homme l'arrêta et lui dit
- laisse la, elle est seule ici, ça n'en vaut pas la peine.
Son agresseur la regarda encore un peu et lui cracha au visage. Opra était horrifiée, elle tremblait dans les bras de ses kidnappeurs. Si elle parlait, ils la tuerait, si elle ne disait rien, Larâ penserait qu'elle n'était qu'une traître. Elle baissa les yeux et les hommes s'en allèrent en laissant Larâ au sol. Une heure plus tard, tous les autres étaient levés, ils regardèrent autour d'eux, encore baignés de sommeil et se rendirent compte de la disparition de Larâ et d'Opra. Elysis fut la première à brandir son arc et Nalio son épée. Ils n'attendirent pas les deux autres, persuadés que si les deux filles avaient disparu sans prévenir, ce n'était pas normal. Elysis se mit à courir, sentant qu'il était arrivé quelque chose, le marais l'aida, le brouillard se dissipa, leur montrant la route sure, et des petites flammes naissaient sur les touffes d'herbe éclairant ainsi leur chemin. Nalio respirait bruyamment, inquiet il guettait les alentours, cherchant désespérément les deux filles des yeux. Illusion et Mortôs avaient fini par les rejoindre et cherchaient eux aussi. Ce fut Elysis qui tomba littéralement sur le corps de Larâ, pétrifié mais dont les yeux brillaient toujours, en larme. Elle se releva en poussant un cri. Les autres accoururent. Larâ avait un bleu au visage sous l'½il droit, sa lèvre saignait et elle était immobile sur le sol boueux. Nalio se baissa pour lui toucher le visage
- elle est glacée... souffla-t-il.
Mortôs le poussa délicatement et l'examina, la palpa avec attention
- elle a été immobilisé par un sort étrange, je ne perçois pas l'émanation du pouvoir, mais elle n'est pas en danger de mort, ce sortilège s'est contenté de paralyser ses muscles et son cerveau.
- parles clairement s'il te plait ! Implora Nalio
- en d'autres termes, je ne sais pas ce qu'il faut faire pour la rendre à nouveau mobile, et je ne sais pas ou le sort l'a touché en premier, si je le savais ça m'aiderai.
Elysis s'éloigna pour pleurer, Opra avait disparu, et l'agressivité de ses kidnappeurs ne faisaient aucun doute, Larâ était comme morte et ils se retrouvaient perdus dans un marais. Ils déplacèrent Larâ et la mirent sur une couverture. Ses yeux brillaient de larmes, mais elle ne bougeait pas. Mortôs se passait une main tremblante sur le visage et sortit des tubes de sa veste. Tous contenaient un liquide gluant et de couleur différente. Il avait l'air songeur.
- Ce qui pourrait la sortir de son immobilité dans mes pouvoirs, sont des poisons violents qui attaqueraient ses défenses, mais comme elle est paralysée, les poisons ne devraient en principe que ronger ce sort sans toucher ses fonctions vitales, je n'ai encore jamais pratiqué ceci mais je connais très bien les effets et les réactions
- Est-ce que ça peut la tuer ? Demanda Elysis.
- si je dose trop lourdement, oui... mais en y allant doucement et en lui donnant des petites doses au fur et a mesure toute les deux heures, elle devrait revenir à elle dans... 5 heures... voire 6.
- il y a quoi la dedans ? Le questionna Nalio qui restait méfiant
- du sang de lycan, de plantes venimeuses, certains contiennent une essence de mort, et d'autres encore du venin de Tifts.
- et tu soutiens qu'elle pourra vivre avec un truc comme ça ?? S'écria Illusion stupéfaite
- oui, je ne le proposerai pas si c'était impossible, Larâ est forte, elle peut combattre facilement le venin, mais il faudra que je l'aide.
Ils se consultèrent tous du regard, accablés. La mort était proche pour Larâ avec ces remèdes mais la vie également. Ce fut Nalio, qui, retenant ses larmes parla le premier au nom de tous
- ok vas - y mais je t'en supplie, ne la laisse pas mourir mon frère... sans elle, tout est finit...
Mortôs le serra dans un maladroit amour viril et se pencha vers la jeune fille. Il ausculta ses coups, chercha quel poison conviendrait le mieux et finit par opter pour le venin de Tift, le plus puissant. Il lui ouvrit délicatement la bouche et en versa 5 gouttes, pas une de plus. La sueur perlait sur son front pendant qu'il s'appliquait à ne pas en mettre trop. Tout le monde retenait son souffle. Il lui referma la mâchoire et rangea la fiole de poison. Ils attendirent les manifestations de Larâ. Elles ne tardèrent pas. La jeune fille crispa les mâchoires et son corps se souleva, se convulsa sur le sol, le dos cambré. Elysis voulut se précipiter sur elle mais Mortôs l'agrippa fermement et la tint contre lui. Elle pleurait, criait le nom de son amie, elle la voyait mourir. Alors que Larâ n'était plus qu'un vulgaire pantin entre les mains de la Mort, tous ses amis pleuraient, convaincus de sa mort sauf Mortôs. Il s'était attendu à de pareilles réactions, certes moins violentes. Le corps de Larâ s'apaisa brusquement et elle se mit à respirer très faiblement. Mortôs laissa Elysis aller la voir. Son amie lui prit la main et lui rabattit la couverture sur le ventre. Nalio s'était éloigné, lors de ses convulsions, il ne pouvait pas la voir comme ça, à présent il préférait pleurer à l'écart. Il n'avait jamais pleuré, même pour la mort de son père, mais il mettait ça sur le compte de son amitié pour Larâ et la fatigue du voyage. Il retourna avec les autres, Larâ dormait, Elysis était prés d'elle, Mortôs était plongé dans sa veste aux poches multiples et Illusion se tenait la tête entre les mains. Les chevaux les avait rejoints et tentaient tant bien que mal de s'allonger sur le sol mou. Ils mangèrent des racines que Mortôs était allé cueillir dans le marais sinistre et le silence revint sur eux. Mortôs attrapa à nouveau la fiole et s'approcha de Larâ. Il répéta le manège, essayant de ne pas trembler. Elysis l'admirait, sa beauté et son courage tout entiers la prenaient. Il avait vingt ans mais en versant le poison en paraissait 15 de plus tant cela l'accablait. Son corps mat avait pris du muscle depuis le début de leur aventure et Elysis avait suivi discrètement sa progression au sein du groupe. Nalio n'était pas pareil, il était plus grand que Mortôs et ses cheveux noirs contrastaient avec ceux , châtains de son frère. Nalio était exubérant, un brin moqueur et avait la maturité d'un adolescent, néanmoins Larâ l'inquiétait tellement qu'il ne parlait plus du tout. Mortôs avait toujours un sourire moqueur aux lèvres et semblait réfléchir tout le temps à toute vitesse, Elysis l'avait remarqué, de même que le regard qu'il posait sur elle quand il était persuadé qu'elle ne le voyait pas. Elel sortit de ses pensées en voyant Larâ reprendre ses convulsions. Elle cria. Sa voix s'était libérée et son hurlement retentit dans tout le marais, elle cria le nom d'Opra un moment puis celui de tous ses amis. Nalio en entendant son nom se leva d'un bond, les mains sur les tempes, il cria à son frère
- arrête de lui donner ça!! , ARRETES !! LARA !!
Il donna un coup de pied sur un sac qui vola plus loin. Mortôs l'attrapa et l'emmena plus loin laissant Elysis et Illusion seules devant Larâ qui hurlait toujours comme si son corps se séparait en deux. Elle finit par s'apaiser brusquement et replongea dans un sommeil agité. Un peu plus loin Nalio laisser libre cours à sa colère
- tu es en train de la tuer Mortôs je t'en supplie dis moi que ça va prendre fin !!!
- oui ne t'inquiètes pas, elle ne mourra pas, elle peut parler maintenant, Larâ va revenir...
- je ne peux pas rester la à la voir comme ça !! Je dois retrouver ceux qui lui ont fait ça et qui ont Opra !! Elle aussi il faut l'aider !!!!
- ils sont sûrement déjà loin et tu le sais Nalio, il faut attendre...
Nalio agrippa l'épaule de son frère et lui murmura à l'oreille
- sauve la
C'était comme une menace et Mortôs hocha la tête. Ils retournèrent au camp ou les deux filles préparaient les couvertures pour dormir. Seul Mortôs ne se coucha pas , gardant un ½il sur Larâ. Elle devrait revenir à elle dans deux heures et il tenait à être réveillé. Pendant que les autres sombraient dans le sommeil, il entreprit de vérifier le contenu de ses fioles. Il lui faudrait cueillir des feuilles de Tindouf une plante rouge avec des points noirs qui permettait de guérir toutes sortes de morsures, elle poussait surtout dans les montagnes et il doutait sérieusement d'y aller prochainement. Opra leur manquait, et il s'inquiétait beaucoup de son sort. Il se demanda ou elle pouvait être. Il observa le ciel qui s'était dégagé et les étoiles affluaient particulièrement. Tout était trop calme vu ce qu'ils vivaient et il entendit un bruit de respiration. Larâ se tordait dans tous les sens. Les autres se réveillèrent précipitamment. Leur amie hoquetait, elle cherchait son souffle et finit par ouvrir de grands yeux vides. Sa respiration s'arrêta. Quand Mortôs se précipita pour lui toucher le cou et prendre son pouls il ne sentit rien. Larâ était morte.
sur la photo la ville Raston
Le lendemain matin, ils déjeunèrent rapidement, surveillant chaque plat et son contenu et allèrent voir leurs chevaux. Ils n'avaient subis aucun dommage mais avaient été placés à l'écart des autres. Quierzy hennit doucement à l'approche de Larâ qui lui flatta l'encolure. Opra caressa le museau soyeux de son jeune entier et L'étalon noir piaffa devant Nalio. Les autres s'éloignèrent un peu, préférant observer la complicité de l'échange entre les deux êtres. Le soleil faisait briller ses rayons et la cour était baignée d'une agréable lumière. Même l'hiver ne parvenait pas à refroidir la vue. Les serviteurs s'écartaient du chemin de Larâ qui ne leur prêtait aucune attention. Dommage, car elle aurait lu l'espoir dans leurs yeux. Le temps passa à une vitesse incroyable et bientôt un homme que la jeune fille ne connaissait pas vint à leur rencontre dans l'écurie.
- bonjour, je suis Vitkôr, le conseiller de madame la future reine de Tradislor, elle m'a prié de vous accompagner à l'extérieur du château.
- et nos affaires ?? Demanda Larâ avec agressivité.
- elles vous attendent aux portes.
Ils se mirent à cheval, et sous le regard hypocrite du conseiller, sortirent du château. Larâ doutait de revoir un jour son père. Ils traversèrent la ville déserte, le bruis des sabots percutant les dalles les accompagnèrent et deux serviteurs leur tendit des sacs légers aux portes de la ville. Ils s'élancèrent au galop, pressés de quitter cet abominable endroit. Elysis songea qu'ils étaient devenus une troupe de cavaliers solitaires, sans règles ni limites, mais ils n'en restaient pas moins une troupe. Le voyage durerait approximativement 5 jours s'il n'y avait pas de problèmes avait dit Larâ, mais l'absence de Lukâs qui avait décidé de rester au château, leur faisait ressentir un goût d'insécurité. Un ancien garde connaissant tous les lieux et coutumes aurait été bien utile. La nuit tomba, dans une routine insupportable ils montèrent le camp et mangèrent de légères victuailles que Nalio avait volé aux cuisines. Les chevaux avaient pris leur rythme et se serrèrent les uns contre les autres pour dormir. Leurs humains avaient plus de mal à fermer l'½il. Larâ avait même la désagréable sensation d'être suivie, mais pour ne pas inquiéter ses amis avec ce qu'elle croyait être une de ses affabulations, elle garda le silence. La jeune fille s'endormit après les autres, serrant dans sa mains un médaillon que son père lui avait donné, et qui lui permettait aussi de voyager entre les mondes, quand elle avait seulement 8 ans à la mort de sa mère en lui disant ces mots
- si un jour tu as besoin de moi, le médaillon saura me trouver, garde le, il est très précieux.
Ce jour était arrivé, mais le médaillon restait silencieux.
Une matinée brumeuse se leva sur le campement. De la gelée humide avait mouillé toutes leurs affaires. Larâ ronchonna longtemps jusqu'à ce qu'Opra à bout de nerfs les rangea précipitamment dans un sac en signifiant clairement que ce n'était pas la peine d'en faire temps. Nalio avait mal dormi et ne dit bonjour à personne, trop occupé à brosser son étalon. Elysis s'était isolée avec la nature et ne répondait à aucun appel des autres. Illusion était au milieu de ce bazar et éteignait le feu en rangeant ce qu'il restait de leurs affaires. Ils repartirent dans un silence tendu. Larâ continuait de se retourner fréquemment avec cette sensation de pistage. Le paysage devenait humide, des mares se firent plus fréquente et au bout d'un moment, un véritable marais prit naissance sous leurs pieds avant qu'ils ne songent à faire demi tour. Un brouillard épais les entourait, le sol était boueux, les herbes hautes, enlevant toute visibilité. Les chevaux humaient l'air et trébuchaient dans l'eau ou ils s'enfonçaient jusqu'aux genoux. Choisissant un chemin sur une terre, au milieu des touffes d'herbes les cavaliers commençaient à perdre leurs repaires. Un sifflement retentit dans l'eau. Avant que tout le monde puisse voir d'où il provenait, une flèche jaillit, visée par Elysis et le serpent coula. Ils s'arrêtèrent, ne voyant plus rien devant eux. Résignés, ils battirent le camp moins de deux heures après l'avoir plié. L'air était humide, et l'odeur désagréable sans qu'on puisse deviner pourquoi. Il n'était pas question de trouver à manger ici, et ils se contentèrent de manger les restes de leur repas. Ils allumèrent trois feux pour éclairer les alentours mais ne voyais qu'à 5 mètres. Ils finirent par s'endormir à même le sol, au bord de l'eau sombre. Larâ se réveilla en sursaut. Elle avait rêvé qu'Opra l'appelait à l'aide. La jeune fille regarda autour d'elle, comptant ses amis. Opra n'était plus la. Elle voulut réveiller les autres mais des silhouettes au loin attirèrent son attention. Si c'était les kidnappeurs de son amie, elle aurait tôt fait de les rattraper seule, elle serait plus discrète. Sans faire de bruits, elle attrapa une épée, et les suivit. Le bruit, même discret, des kidnappeurs, la laissait les suivre facilement. Elle évitait l'eau qui clapotait, et préférait marcher sur les touffes d'herbes. Elle se rapprocha rapidement d'eux et les distinguait nettement. Ils avaient pris Opra. ,Larâ ne doutait pas un instant qu'ils l'avaient confondu et que leur véritable mission était de la prendre à elle. La jeune fille se tassa au sol car ils s'étaient arrêtés. Opra était bâillonnée et avait les mains attachées. 4 hommes l'entouraient et jetaient des regards furtifs autour d'eux. Larâ s'avança un peu plus vers eux. Un homme du prendre conscience de sa présence car il leva brusquement la tête. Sans savoir comment cela lui arriva, Larâ se retrouva paralysée, impossible de bouger pendant que les 4 hommes venaient vers elle avec Opra.
- qui c'est celle la ! Une amie à toi ? Demanda un homme grand et délié, dont le visage était caché par une cagoule.
Opra hocha la tête en signe de négation.
- tu es sure ??
Elle hocha la tête, affirmativement cette fois. Un homme s'approcha de Larâ, elle sentit une corde se lasser autour de ses poignets.
- tu nous suis petite peste ? Tu veux qu'on te tue ?
Larâ tenta d'utiliser sa magie mais elle ne pouvait toujours pas.
Visiblement content du silence de la jeune fille, l'homme qui lui parlait leva la main et la frappa, une fois, deux fois, trois fois. Larâ voulut crier mais son corps continua de s'écrouler au sol sans réactions. C'était lâche, injuste, et cruel. Une autre homme l'arrêta et lui dit
- laisse la, elle est seule ici, ça n'en vaut pas la peine.
Son agresseur la regarda encore un peu et lui cracha au visage. Opra était horrifiée, elle tremblait dans les bras de ses kidnappeurs. Si elle parlait, ils la tuerait, si elle ne disait rien, Larâ penserait qu'elle n'était qu'une traître. Elle baissa les yeux et les hommes s'en allèrent en laissant Larâ au sol. Une heure plus tard, tous les autres étaient levés, ils regardèrent autour d'eux, encore baignés de sommeil et se rendirent compte de la disparition de Larâ et d'Opra. Elysis fut la première à brandir son arc et Nalio son épée. Ils n'attendirent pas les deux autres, persuadés que si les deux filles avaient disparu sans prévenir, ce n'était pas normal. Elysis se mit à courir, sentant qu'il était arrivé quelque chose, le marais l'aida, le brouillard se dissipa, leur montrant la route sure, et des petites flammes naissaient sur les touffes d'herbe éclairant ainsi leur chemin. Nalio respirait bruyamment, inquiet il guettait les alentours, cherchant désespérément les deux filles des yeux. Illusion et Mortôs avaient fini par les rejoindre et cherchaient eux aussi. Ce fut Elysis qui tomba littéralement sur le corps de Larâ, pétrifié mais dont les yeux brillaient toujours, en larme. Elle se releva en poussant un cri. Les autres accoururent. Larâ avait un bleu au visage sous l'½il droit, sa lèvre saignait et elle était immobile sur le sol boueux. Nalio se baissa pour lui toucher le visage
- elle est glacée... souffla-t-il.
Mortôs le poussa délicatement et l'examina, la palpa avec attention
- elle a été immobilisé par un sort étrange, je ne perçois pas l'émanation du pouvoir, mais elle n'est pas en danger de mort, ce sortilège s'est contenté de paralyser ses muscles et son cerveau.
- parles clairement s'il te plait ! Implora Nalio
- en d'autres termes, je ne sais pas ce qu'il faut faire pour la rendre à nouveau mobile, et je ne sais pas ou le sort l'a touché en premier, si je le savais ça m'aiderai.
Elysis s'éloigna pour pleurer, Opra avait disparu, et l'agressivité de ses kidnappeurs ne faisaient aucun doute, Larâ était comme morte et ils se retrouvaient perdus dans un marais. Ils déplacèrent Larâ et la mirent sur une couverture. Ses yeux brillaient de larmes, mais elle ne bougeait pas. Mortôs se passait une main tremblante sur le visage et sortit des tubes de sa veste. Tous contenaient un liquide gluant et de couleur différente. Il avait l'air songeur.
- Ce qui pourrait la sortir de son immobilité dans mes pouvoirs, sont des poisons violents qui attaqueraient ses défenses, mais comme elle est paralysée, les poisons ne devraient en principe que ronger ce sort sans toucher ses fonctions vitales, je n'ai encore jamais pratiqué ceci mais je connais très bien les effets et les réactions
- Est-ce que ça peut la tuer ? Demanda Elysis.
- si je dose trop lourdement, oui... mais en y allant doucement et en lui donnant des petites doses au fur et a mesure toute les deux heures, elle devrait revenir à elle dans... 5 heures... voire 6.
- il y a quoi la dedans ? Le questionna Nalio qui restait méfiant
- du sang de lycan, de plantes venimeuses, certains contiennent une essence de mort, et d'autres encore du venin de Tifts.
- et tu soutiens qu'elle pourra vivre avec un truc comme ça ?? S'écria Illusion stupéfaite
- oui, je ne le proposerai pas si c'était impossible, Larâ est forte, elle peut combattre facilement le venin, mais il faudra que je l'aide.
Ils se consultèrent tous du regard, accablés. La mort était proche pour Larâ avec ces remèdes mais la vie également. Ce fut Nalio, qui, retenant ses larmes parla le premier au nom de tous
- ok vas - y mais je t'en supplie, ne la laisse pas mourir mon frère... sans elle, tout est finit...
Mortôs le serra dans un maladroit amour viril et se pencha vers la jeune fille. Il ausculta ses coups, chercha quel poison conviendrait le mieux et finit par opter pour le venin de Tift, le plus puissant. Il lui ouvrit délicatement la bouche et en versa 5 gouttes, pas une de plus. La sueur perlait sur son front pendant qu'il s'appliquait à ne pas en mettre trop. Tout le monde retenait son souffle. Il lui referma la mâchoire et rangea la fiole de poison. Ils attendirent les manifestations de Larâ. Elles ne tardèrent pas. La jeune fille crispa les mâchoires et son corps se souleva, se convulsa sur le sol, le dos cambré. Elysis voulut se précipiter sur elle mais Mortôs l'agrippa fermement et la tint contre lui. Elle pleurait, criait le nom de son amie, elle la voyait mourir. Alors que Larâ n'était plus qu'un vulgaire pantin entre les mains de la Mort, tous ses amis pleuraient, convaincus de sa mort sauf Mortôs. Il s'était attendu à de pareilles réactions, certes moins violentes. Le corps de Larâ s'apaisa brusquement et elle se mit à respirer très faiblement. Mortôs laissa Elysis aller la voir. Son amie lui prit la main et lui rabattit la couverture sur le ventre. Nalio s'était éloigné, lors de ses convulsions, il ne pouvait pas la voir comme ça, à présent il préférait pleurer à l'écart. Il n'avait jamais pleuré, même pour la mort de son père, mais il mettait ça sur le compte de son amitié pour Larâ et la fatigue du voyage. Il retourna avec les autres, Larâ dormait, Elysis était prés d'elle, Mortôs était plongé dans sa veste aux poches multiples et Illusion se tenait la tête entre les mains. Les chevaux les avait rejoints et tentaient tant bien que mal de s'allonger sur le sol mou. Ils mangèrent des racines que Mortôs était allé cueillir dans le marais sinistre et le silence revint sur eux. Mortôs attrapa à nouveau la fiole et s'approcha de Larâ. Il répéta le manège, essayant de ne pas trembler. Elysis l'admirait, sa beauté et son courage tout entiers la prenaient. Il avait vingt ans mais en versant le poison en paraissait 15 de plus tant cela l'accablait. Son corps mat avait pris du muscle depuis le début de leur aventure et Elysis avait suivi discrètement sa progression au sein du groupe. Nalio n'était pas pareil, il était plus grand que Mortôs et ses cheveux noirs contrastaient avec ceux , châtains de son frère. Nalio était exubérant, un brin moqueur et avait la maturité d'un adolescent, néanmoins Larâ l'inquiétait tellement qu'il ne parlait plus du tout. Mortôs avait toujours un sourire moqueur aux lèvres et semblait réfléchir tout le temps à toute vitesse, Elysis l'avait remarqué, de même que le regard qu'il posait sur elle quand il était persuadé qu'elle ne le voyait pas. Elel sortit de ses pensées en voyant Larâ reprendre ses convulsions. Elle cria. Sa voix s'était libérée et son hurlement retentit dans tout le marais, elle cria le nom d'Opra un moment puis celui de tous ses amis. Nalio en entendant son nom se leva d'un bond, les mains sur les tempes, il cria à son frère
- arrête de lui donner ça!! , ARRETES !! LARA !!
Il donna un coup de pied sur un sac qui vola plus loin. Mortôs l'attrapa et l'emmena plus loin laissant Elysis et Illusion seules devant Larâ qui hurlait toujours comme si son corps se séparait en deux. Elle finit par s'apaiser brusquement et replongea dans un sommeil agité. Un peu plus loin Nalio laisser libre cours à sa colère
- tu es en train de la tuer Mortôs je t'en supplie dis moi que ça va prendre fin !!!
- oui ne t'inquiètes pas, elle ne mourra pas, elle peut parler maintenant, Larâ va revenir...
- je ne peux pas rester la à la voir comme ça !! Je dois retrouver ceux qui lui ont fait ça et qui ont Opra !! Elle aussi il faut l'aider !!!!
- ils sont sûrement déjà loin et tu le sais Nalio, il faut attendre...
Nalio agrippa l'épaule de son frère et lui murmura à l'oreille
- sauve la
C'était comme une menace et Mortôs hocha la tête. Ils retournèrent au camp ou les deux filles préparaient les couvertures pour dormir. Seul Mortôs ne se coucha pas , gardant un ½il sur Larâ. Elle devrait revenir à elle dans deux heures et il tenait à être réveillé. Pendant que les autres sombraient dans le sommeil, il entreprit de vérifier le contenu de ses fioles. Il lui faudrait cueillir des feuilles de Tindouf une plante rouge avec des points noirs qui permettait de guérir toutes sortes de morsures, elle poussait surtout dans les montagnes et il doutait sérieusement d'y aller prochainement. Opra leur manquait, et il s'inquiétait beaucoup de son sort. Il se demanda ou elle pouvait être. Il observa le ciel qui s'était dégagé et les étoiles affluaient particulièrement. Tout était trop calme vu ce qu'ils vivaient et il entendit un bruit de respiration. Larâ se tordait dans tous les sens. Les autres se réveillèrent précipitamment. Leur amie hoquetait, elle cherchait son souffle et finit par ouvrir de grands yeux vides. Sa respiration s'arrêta. Quand Mortôs se précipita pour lui toucher le cou et prendre son pouls il ne sentit rien. Larâ était morte.
sur la photo la ville Raston

